Une passion à partager

Révéler sa passion est un peu se révéler, oser se dévoiler...
Voilà ce qu'on m'a raconté un après-midi de décembre: 

 

Terre cuite

Il n’y a pas longtemps que je prends plaisir à travailler la terre. Nouvelles sensations données par cette terre froide que je sens prendre forme entre mes mains. Tout semble possible. La terre si malléable, si tendre et douce va devenir création et par le feu ou la chaleur elle deviendra solide et figée dans sa nouvelle apparence
Je désire créer des personnages, des animaux, des scènes de vie.  Je prends la terre, j’en fais des boules, des formes diverses comme je le faisais, petite fille, avec la pâte à modeler. Je modèle une tête, j’y place les yeux, une bouche qui lui donneront une expression. Puis le corps, une robe d’où sortent les bras qui vont tenir un oiseau ou un cœur… Plus tard j’apprendrai le mouvement, une tête penchée, des bras qui s’élèvent et s’écartent pour montrer les étoiles.
 
Mon premier personnage est plein de naïveté. On a l’impression qu’il sort d’une gangue. J’aime le regarder et le caresser. Il représente pour moi tout un chemin. Le chemin de l’idée, ou même de l’intuition vers la réalité. Il représente le bonheur de se laisser créer. Comme un personnage en mots, le personnage en terre prend forme. Il me dépasse, je ne suis que les mains qui le façonnent comme si l’impulsion venait d’ailleurs.
 
Travailler la terre est à la fois un pouvoir et une soumission. Un pouvoir car tout semble possible à partir de cette terre froide et vierge. Une soumission car le travail de la terre a ses exigences : sa friabilité, son humidité à préserver le temps de la création mais à éliminer avant la cuisson car l’action de la température va changer sa structure. L’objet façonné doit passer lentement de 20 à 800 degrés pour prendre forme et structure définitive. Au sortir du four, après le temps nécessaire pour refroidir, je redécouvre  l‘objet, je le reconnais, je le touche avec respect car il s’est transformé loin de moi.
 
J’aime y ajouter des couleurs pour souligner une partie du corps ou une offrande portée par cet être de terre. C’est le moment de l’émaillage. Confiance de l’instant car une nouvelle transformation va avoir lieu. L’émail est un pigment, une poudre qu’on mélange à de l’eau. Pouvoir de l’imagination car pour avoir une robe bleu nuit, il faut peindre un pigment rose… Mystère aussi de la transformation. Dans le four, lors d’une nouvelle cuisson à 1200 degrés cette fois, l’eau va s’évaporer et il ne restera que le pigment qui de rose va devenir bleu.
 
Nouvelle attente un peu inquiète car ce petit personnage créé est déjà aimé. Et pourtant, acceptation de l’inconnu car on ne peut pas tout prévoir,  et surtout on ne peut pas tout décider. A quoi va ressembler notre idée première ? Leçon de sagesse, la sagesse de la terre qui nous porte, cette terre dont on est fait, cette terre qu’on oppose trop souvent au ciel.
 
Décembre 2012